Les relations du Canada avec les réfugiés asiatiques
Célébration du 80e anniversaire de Welcome Place
En commémoration du Mois du patrimoine des Américains d'origine asiatique et insulaire du Pacifique (AAPI), examinons comment le Canada a accueilli les réfugiés de la diaspora asiatique. L'arrivée de ces réfugiés a entraîné l'adoption de nouvelles lois et réglementations. Le projet de Loi sur l'immigration de 1976 (entré en vigueur en 1978), par exemple, a illustré pour la première fois les politiques d'immigration du Canada. Celles-ci incluaient les principaux objectifs du Canada : respecter ses obligations juridiques internationales envers les réfugiés et perpétuer sa tradition humanitaire envers les personnes déplacées et persécutées. De plus, il s'agissait de la première loi canadienne à reconnaître officiellement les réfugiés comme une catégorie particulière d'immigrants. Depuis, le Canada continue d'accueillir de nombreux réfugiés de tous horizons fuyant les persécutions dans leur pays d'origine. Le Canada fournit également une aide internationale aux réfugiés qui ne s'établissent pas sur son territoire.
Célébration de 80 ans d'accueil et de communauté
Alors que nous célébrons les 80 ans de Welcome Place (MIIC), nous rendons hommage au parcours exceptionnel qui a façonné notre identité. Depuis 1945, nous sommes honorés d'accueillir et de soutenir les réfugiés et les nouveaux arrivants en quête de sécurité, d'appartenance et d'espoir au Manitoba.
Au fil des décennies, ensemble, nous avons :
- A aidé des milliers de nouveaux arrivants à se construire une nouvelle vie grâce à des programmes d'établissement, de parrainage et de développement des compétences de vie.
- Nous avons étendu notre présence à travers le Manitoba, favorisant l'inclusion dans les communautés urbaines et rurales.
- Nous avons bâti des partenariats, des réseaux de bénévoles et des initiatives fondés sur la compassion, le respect et l'équité.
Cette étape importante appartient à notre communauté — à chaque membre du personnel, bénévole, commanditaire, partenaire et nouvel arrivant qui a contribué à notre histoire. Votre bienveillance, votre résilience et votre engagement ont fait de Welcome Place ce qu'il est aujourd'hui.
Alors que nous nous tournons vers l'avenir, notre promesse demeure la même : continuer à créer une province où chacun se sent en sécurité, soutenu et comme chez soi.
Merci pour ces 80 années d'accueil et pour avoir contribué à bâtir un Manitoba plus fort et plus compatissant.
RECONNAÎTRE LES EFFORTS DU CANADA EN MATIÈRE D'ACCUEIL ET DE RÉINSTALLATION DES RÉFUGIÉS
Entre 1979 et 1980, le Canada a accueilli plus de réfugiés par habitant que tout autre pays d'accueil ou de réinstallation à cette époque (60 000 réfugiés), ce qui représente le plus important afflux de réfugiés jamais enregistré sur une courte période. L'accueil massif de réfugiés d'Asie du Sud-Est par le Canada, en particulier, a incité le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) à remettre au peuple canadien la médaille Nansen en 1986 afin de souligner internationalement l'engagement du pays en matière de réinstallation des réfugiés. Il s'agit de la seule fois qu'une population a reçu une telle distinction.
RÉFUGIÉS ASIATIQUES OUGANDAIS
Entre 1972 et 1974, le Canada a accueilli près de 8 000 réfugiés d’origine sud-asiatique (notamment d’Inde, du Bangladesh et du Pakistan) en provenance d’Ouganda. Les Sud-Asiatiques ont commencé à affluer en Ouganda en 1894, alors que le pays était sous domination britannique. Ils sont d’abord venus travailler à la construction du chemin de fer, puis se sont diversifiés en devenant commerçants et en fournissant des produits exotiques tels que le thé, le café, le coton et le sucre. Les Britanniques ont ensuite exploité cette population asiatique pour étendre leur domination coloniale en Ouganda, exacerbant ainsi les tensions raciales et ethniques entre les populations asiatique et africaine, en accordant un statut supérieur à la population asiatique par rapport à la population africaine autochtone.
L'Ouganda accéda à l'indépendance en 1962. Un changement de gouvernement en 1971 marqua le début d'une période de profonds bouleversements. La nouvelle administration ordonna la révision du statut de citoyenneté de tous les Ougandais d'origine asiatique, ainsi qu'un recensement de ces derniers. Peu après, il fut annoncé que les Britanniques devraient assumer la responsabilité de la présence asiatique en Ouganda, car elle contribuait à la dégradation de l'économie africaine. Le 9 août 1972, l'expulsion des populations asiatiques fut annoncée, faisant d'environ 10 000 Ougandais d'origine asiatique des apatrides. À cette époque, les Britanniques avaient déjà accueilli 50 000 réfugiés indiens et durent solliciter l'aide du Canada.
Le Canada a initialement accueilli 5 000 réfugiés ougandais, puis plus de 3 000 autres par la suite. Grâce à l’aide des comités asiatiques ougandais, ces réfugiés ont bâti leur nouvelle vie partout au pays, notamment à Toronto, Montréal, Ottawa, Vancouver, Victoria, Edmonton, Regina, Winnipeg, Hamilton, Halifax et Windsor. Leurs compétences professionnelles et commerciales leur ont facilité l’intégration au Canada dès leur arrivée, et ils s’y sont depuis solidement enracinés.
RÉFUGIÉS CHINOIS
La Chine a été confrontée à une famine entre 1959 et 1961 en raison de la politique du dirigeant communiste au pouvoir, qui a déplacé les paysans de leurs terres et les a contraints à vivre dans des communes agricoles et industrielles. Cette situation, conjuguée à des conditions climatiques rigoureuses qui ont ravagé les récoltes, a entraîné la famine de trente millions de citoyens. De nombreux Chinois ont fui vers les régions voisines alors sous contrôle britannique. Débordés par l'afflux de réfugiés, les Britanniques ont sollicité l'aide du Canada.
Ce fut une période controversée pour le Canada. En 1923, le pays avait adopté la Loi d'exclusion des Chinois, interdisant l'immigration chinoise. Abrogée en 1947, cette loi laissait toutefois subsister de nombreux Canadiens hostiles au communisme, qui craignaient qu'un accueil accru de Chinois n'entraîne une montée du communisme. Malgré cela, en 1962, le premier ministre par intérim accepta une centaine de familles de réfugiés chinois.
RÉFUGIÉS VIETNAMIENS
Entre 1979 et 1980, le Canada a accueilli 60 000 réfugiés d’Asie du Sud-Est. Ce nombre important de réfugiés s’explique par la collaboration entre les programmes d’aide gouvernementaux et le parrainage privé. Pour chaque famille de réfugiés parrainée par le secteur privé, le gouvernement parrainait également une famille, ce qui a permis à la majorité des réfugiés d’Asie du Sud-Est d’arriver au Canada grâce au parrainage privé.
Il y a eu deux vagues distinctes de réfugiés vietnamiens. Les voici :
La première vague d'immigration, arrivée au Canada entre 1975 et 1978, a accueilli 7 700 migrants. Elle était principalement composée de professionnels qualifiés, de la classe moyenne, de sympathisants des gouvernements américain et sud-vietnamien, et majoritairement d'origine vietnamienne. Plus de la moitié de ces personnes se sont établies à Montréal.
La deuxième vague de réfugiés regroupe ceux arrivés après 1978. Certains étaient des proches de réfugiés de la première vague et les avaient rejoints une fois leur famille établie. D'autres, originaires du Vietnam, étaient d'origine chinoise, leurs ancêtres s'étant installés au Vietnam plusieurs générations auparavant. Leur statut de réfugié était dû à l'escalade du conflit sino-vietnamien. Leur situation socio-économique différait de celle des réfugiés de la première vague, et nombre d'entre eux s'établirent par la suite dans les villes de Toronto et de Vancouver.
La grande majorité des réfugiés sont arrivés entre 1979 et 1980. Au départ, cette nouvelle vague de réfugiés a rencontré plus de difficultés que la première, car elle ne parlait ni anglais ni français. Pour pallier cet obstacle, le gouvernement canadien a mis en place des programmes linguistiques afin d'offrir une aide spécialisée aux réfugiés ne maîtrisant pas la ou les langues nationales. Ces programmes ont permis à nombre d'entre eux de s'adapter à la vie au Canada. Le parrainage privé a grandement contribué à la réussite des réfugiés vietnamiens au pays. Des études ont démontré que, comparativement aux réfugiés parrainés par le gouvernement, ceux parrainés par le secteur privé obtiennent de meilleurs résultats en matière d'emploi, de maîtrise de la langue du pays d'accueil et de santé générale. Ceci s'explique par le sentiment d'appartenance et de soutien personnalisé dont bénéficient les réfugiés parrainés par le secteur privé, et par les liens d'amitié qui perdurent bien après la fin du parrainage.
L’aide aux réfugiés asiatiques à l’ère moderne – Les Rohingyas
Aujourd'hui, le Canada continue d'apporter son aide aux réfugiés asiatiques, même lorsqu'ils ne trouvent pas refuge à l'intérieur de ses frontières. Le Myanmar en est un exemple. Ce pays est en proie à un conflit depuis longtemps, alimenté par des différends politiques et des discriminations ethniques et religieuses. Une explication plus détaillée de ce conflit est disponible ici. Cette situation a engendré un important déplacement de population et une crise des réfugiés parmi les Rohingyas, une minorité religieuse et ethnique du Myanmar. En janvier 2026, plus d'un million de Rohingyas avaient fui vers le Bangladesh, où ils résident désormais, tandis que d'autres se sont réfugiés en Malaisie, en Thaïlande, en Inde et en Indonésie. Environ quatre millions de personnes demeurent déplacées à l'intérieur de leur propre pays.
Bien que le Canada ne soit pas un pays d'accueil principal pour les Rohingyas (n'accueillant pas autant de réfugiés que d'autres pays de la région), des organisations canadiennes viennent en aide aux personnes apatrides. La Fondation Canada-Myanmar pour la réinstallation et le rapatriement des réfugiés (FCRRMR), par exemple, fournit une aide humanitaire aux apatrides, aux réfugiés et aux personnes déplacées. Cette ONG s'attache à offrir une aide juridique aux personnes déplacées et aux réfugiés afin de protéger et d'éduquer les femmes, les filles et les enfants dans les camps, d'aider les victimes de torture et de violence sexuelle à obtenir justice devant les tribunaux du Myanmar et de favoriser la réconciliation entre les groupes ethniques du Myanmar en vue de préparer le retour des réfugiés et des apatrides dans leur pays d'origine. De plus, elle aide les réfugiés à s'installer dans des pays tiers (comme le Canada) en parrainant des personnes et en assurant la liaison avec d'autres parrains privés locaux, et soutient l'intégration des réfugiés et demandeurs d'asile du Myanmar au sein des communautés canadiennes.
Le Canada continue d’appuyer la surveillance des droits de la personne en recueillant des preuves et en veillant à ce que les auteurs de violations graves des droits de la personne et de crimes internationaux répondent de leurs actes devant diverses juridictions et instances internationales, notamment le Mécanisme d’enquête indépendant pour le Myanmar, la Cour pénale internationale (CPI) et la Cour internationale de Justice (CIJ). En 2023, le Canada, de concert avec l’Allemagne, le Danemark, la France, le Royaume-Uni et les Pays-Bas, a déposé une déclaration conjointe d’intervention auprès de la CIJ concernant la Gambie contre le Myanmar, alléguant des violations de la Convention sur le génocide (en particulier en ce qui concerne les violences sexuelles et sexistes).
Grâce à l'aide conjointe du Canada au Myanmar, entre 2021 et 2024 :
- 184 463 cas médicaux concernant des personnes marginalisées, touchées par des conflits et appartenant à des minorités ethniques, pris en charge par des prestataires de soins de santé primaires
- 268 229 jeunes (dont 166 302 femmes) ont bénéficié d'une éducation à la santé et aux droits sexuels et reproductifs des adolescents.
- 122 510 enfants (51 % de filles) touchés par le conflit ont bénéficié d'un soutien psychosocial.
- 183 255 personnes ont bénéficié d’une éducation nutritionnelle et de services visant à lutter contre la malnutrition.
- Plus de 9 900 adolescentes autonomisées grâce à des formations au leadership, des programmes sportifs, un soutien téléphonique et des conseils.
- Dix organisations de défense des droits des femmes ont été habilitées à fournir des services aux femmes et aux filles dans un environnement hostile.
- 141 788 travailleurs migrants ont été informés sur les techniques de migration sûre, ont acquis de nouvelles compétences (par exemple, la couture, la confection et les réparations mécaniques et électriques) et ont reçu une aide d'urgence.
- 2,6 millions de personnes, dont 91 % de femmes, ont continué à avoir accès à l'épargne et aux prêts des institutions de microfinance pour leurs moyens de subsistance agricoles et leurs petites entreprises.
- 51 bourses et subventions offertes à de jeunes chercheurs du Myanmar (19 femmes et 15 [jeunes chercheurs] issus de groupes ethniques minoritaires, dont les Rohingyas).
- 2 638 acteurs pro-démocratie (par exemple, des défenseurs des droits de l'homme et des militants pour la paix), dont 1 283 femmes, formés à l'égalité des sexes et au fédéralisme
- Le Canada est le deuxième plus important donateur fournissant un soutien extrabudgétaire au Mécanisme d'enquête indépendant pour le Myanmar (IIMM). Son financement contribue à la collecte de preuves concernant les crimes et violations du droit international les plus graves et à la préparation des dossiers en vue de poursuites pénales.
- Huit séries de sanctions ont été imposées au régime militaire depuis le coup d'État de 2021 (134 personnes, 88 entités et l'interdiction sectorielle du carburant d'aviation).
- 104 journalistes citoyens et influenceurs clés ont été formés, ce qui a permis d'accroître leurs connaissances en matière de journalisme mobile avancé.
- De jeunes femmes leaders ont pu préparer des scripts radiophoniques et coordonner la production d'une émission de radio, sensibilisant près de 100 000 auditeurs des communautés locales et rohingyas au trafic d'êtres humains, au mariage d'enfants et aux violences sexistes.
- 297 jeunes femmes leaders et des hommes engagés pour l'égalité des sexes, originaires du Myanmar et du Bangladesh, ont été formés pour réduire les tensions entre les communautés d'accueil et les réfugiés.
L’engagement à lutter contre les violations des droits humains permet le rapatriement des réfugiés en situation de crise, non seulement au Myanmar, mais partout dans le monde. La promotion du respect, de la protection et de la mise en œuvre des droits humains à l’échelle internationale garantit une reconnaissance mondiale de leur réalisation progressive.
Lectures complémentaires
Chronologie - Collection Ouganda
Le Canada accueille des réfugiés chinois - Histoire du Canada
Relations Canada-Myanmar
HCR : 2025 a été l'année la plus meurtrière à ce jour pour les mouvements maritimes de réfugiés rohingyas.

Fresque « Danse à ta façon »
« Dance Your Way » est une murale de cinq étages réalisée par l'artiste nouvellement arrivée Bîstyek et l'artiste autochtone Jeannie White Bird, commandée par Welcome Place pour célébrer son 80e anniversaire. L'œuvre rend hommage à huit décennies de soutien aux réfugiés et aux nouveaux arrivants, enracinées sur les terres ancestrales du territoire du Traité n° 1.
Au cœur de la scène, deux figures – une danseuse autochtone en robe à clochettes et une nouvelle arrivante kurde – dansent ensemble, symbolisant la réconciliation, la résilience et la guérison partagée. L’échange de foin d’odeur et d’un rameau d’olivier reflète la bienveillance et la paix, unissant les expériences des communautés autochtones et des nouveaux arrivants.
Autour d'eux se dressent des symboles sacrés de force et de renouveau :
- Oiseau-tonnerre, protecteur et veilleur de tout
- Tortue, esprit de l'Île de la Tortue et eaux guérisseuses
- L'étoile des quatre directions, en hommage aux cycles de la vie et à l'unité de l'humanité
- Grand-mère Lune, qui nous guide depuis le ciel
- Des fils conducteurs fluides, symbolisant le mouvement et l'émancipation
Le mot « Bienvenue » apparaît dans plus d'une douzaine de langues parlées par les familles nouvellement arrivées — célébrant ainsi la langue, l'identité et le sentiment d'appartenance.
Avec ses couleurs éclatantes et ses images puissantes, Dance Your Way se présente à la fois comme une célébration de la communauté et un acte vivant de réconciliation, tissant ensemble des histoires de déracinement, de force et d'espoir pour un avenir plus connecté.


