Les femmes réfugiées et les obstacles à l'accès aux services de santé du Canada
Célébration du 80e anniversaire de Welcome Place
L’article 12 de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) implique que
Les États parties prennent toutes les mesures appropriées pour éliminer la discrimination à l’égard des femmes dans le domaine des soins de santé afin de garantir, sur la base de l’égalité entre les hommes et les femmes, l’accès aux services de santé, y compris ceux liés à la planification familiale. Nonobstant les dispositions du paragraphe I du présent article, les États parties assurent aux femmes des services appropriés en matière de grossesse, d’accouchement et de période postnatale, en leur accordant des services gratuits lorsque cela est nécessaire, ainsi qu’une alimentation adéquate pendant la grossesse et l’allaitement. (Assemblée 1979).
Cependant, plusieurs études ont démontré que les femmes réfugiées ou demandeuses d'asile, issues de divers horizons, éprouvent des difficultés à s'orienter dans le système de santé canadien. Les barrières linguistiques, les consultations expéditives ou mal diagnostiquées, les différences culturelles et le manque d'information concernant la santé sexuelle et reproductive, ainsi que la santé mentale, demeurent des expériences courantes pour les femmes réfugiées arrivant au Canada. Les réfugiées d'origine africaine et syrienne soulignent plus particulièrement les difficultés qu'elles rencontrent pour accéder aux services de santé.
Célébration de 80 ans d'accueil et de communauté
Alors que nous célébrons les 80 ans de Welcome Place (MIIC), nous rendons hommage au parcours exceptionnel qui a façonné notre identité. Depuis 1945, nous sommes honorés d'accueillir et de soutenir les réfugiés et les nouveaux arrivants en quête de sécurité, d'appartenance et d'espoir au Manitoba.
Au fil des décennies, ensemble, nous avons :
- A aidé des milliers de nouveaux arrivants à se construire une nouvelle vie grâce à des programmes d'établissement, de parrainage et de développement des compétences de vie.
- Nous avons étendu notre présence à travers le Manitoba, favorisant l'inclusion dans les communautés urbaines et rurales.
- Nous avons bâti des partenariats, des réseaux de bénévoles et des initiatives fondés sur la compassion, le respect et l'équité.
Cette étape importante appartient à notre communauté — à chaque membre du personnel, bénévole, commanditaire, partenaire et nouvel arrivant qui a contribué à notre histoire. Votre bienveillance, votre résilience et votre engagement ont fait de Welcome Place ce qu'il est aujourd'hui.
Alors que nous nous tournons vers l'avenir, notre promesse demeure la même : continuer à créer une province où chacun se sent en sécurité, soutenu et comme chez soi.
Merci pour ces 80 années d'accueil et pour avoir contribué à bâtir un Manitoba plus fort et plus compatissant.

Facteurs de risque sanitaire élevés chez les femmes réfugiées et demandeuses d'asile
Les femmes réfugiées sont exposées à divers risques sanitaires accrus en raison de leur statut de réfugiée. Selon une étude menée par Heer et al., ces risques incluent :
- Violences conjugales perpétrées par leurs partenaires
- L'isolement de la communauté et le manque de soutien de leur entourage
- Le stress (dû aux obligations financières, au travail, à la garde d'enfants ou à d'autres facteurs pouvant entraîner un épuisement professionnel)
- expériences pré-migratoires (traumatismes contribuant à la détérioration de la santé mentale)
- Antécédents de maladie mentale
- Faibles revenus
- Discrimination (racisme et xénophobie)
- Faible niveau de littératie en santé (manque de ressources pour s'informer sur les droits et les pratiques en matière de soins de santé)
- Limites interculturelles
- Barrières linguistiques.
Ces risques pour la santé sont particulièrement marqués en matière de soins et de services de maternité. Au Canada, les femmes réfugiées sont près de cinq fois plus susceptibles de développer une dépression post-partum (DPP) que les femmes nées au Canada. Environ une mère sur quatre fuyant son pays pourrait souffrir de DPP, d'intensité légère à sévère, en raison des facteurs de risque élevés mentionnés précédemment (Heer et al., 2024). Les femmes réfugiées sont également moins susceptibles d'adopter des comportements préventifs en matière de santé, comme le dépistage du cancer du col de l'utérus, que les femmes nées au Canada.
Les femmes ayant participé à des études antérieures ont également fait part de difficultés d'accès à une information adéquate sur la contraception et ses méthodes. Ce manque d'accès aux services et ressources de santé sexuelle appropriés accroît le risque de cancer du col de l'utérus et de grossesses non désirées (Alloteyet et al., 2004 ; Rademakers, Mouthaan et de Neef, 2005), ce qui a des répercussions sur leur bien-être physique et mental. Des recherches antérieures ont également mis en évidence les connaissances limitées des femmes migrantes et réfugiées concernant les infections sexuellement transmissibles (IST) (Metusela et al., 2017), ce qui pourrait expliquer en partie les taux plus élevés et les diagnostics tardifs du VIH au sein de ces communautés.
Un manque de confort, de soins et de confiance
Se sentir en sécurité, à l'aise et écouté par son médecin est essentiel pour inciter les gens à consulter. De nombreuses femmes réfugiées ont exprimé leurs difficultés à instaurer un climat de confiance et de confort. Une étude menée par Hawkey et al. au Canada et en Australie a mis en lumière la stigmatisation dont ces femmes ont été victimes. Elles ont décrit des consultations expéditives, notamment des consultations ne durant jamais plus de dix minutes, ce qui témoigne d'un manque de tact. Les participantes ont quant à elles qualifié les praticiens de froids et impersonnels.
Les réfugiés syriens, en particulier, ont signalé un manque de communication et de suivi concernant les soins prénatals et les fausses couches. D'autres participants à l'étude ont décrit un sentiment de ne pas être entendus lorsqu'ils tentaient d'aborder leurs problèmes de santé sexuelle et reproductive, repartant de consultations sans résultat satisfaisant, subissant des erreurs de diagnostic ou se voyant prescrire des traitements inefficaces. La stigmatisation, des soins inadaptés à leur culture et des attentes non satisfaites quant aux soins reçus contribuent à la diminution de la probabilité de solliciter l'aide des professionnels de santé à l'avenir (Hawkey et al., 2022).
Le consensus général parmi les participants à diverses études a exprimé la nécessité de créer un environnement de confiance et de confort, où les procédures sont menées à un rythme plus lent et où les praticiens sont plus doux/plus compréhensifs envers les femmes issues de l'immigration et des réfugiés, en particulier dans les cas où elles (les femmes réfugiées) sont très peu familières avec lesdites procédures (en particulier celles concernant les discussions sur la santé sexuelle).

Explorer les barrières culturelles
L'un des obstacles à l'accès aux soins de santé mentale pour les réfugiés réside dans leur rapport à la santé mentale. De nombreux pays non occidentaux entretiennent des préjugés autour des évaluations et de la sensibilisation à la santé mentale. De plus, les interventions en santé mentale sont insuffisamment intégrées aux pratiques et valeurs culturelles, ce qui ne permet pas de prendre en compte les spécificités auxquelles sont confrontés de nombreux réfugiés, contrairement aux résidents. Une étude de 2022 a confirmé l'importance cruciale de l'intégration culturelle, notamment pour la santé mentale des personnes noires, mais cette approche reste la moins présente dans les services de santé mentale actuels (King et al., 2022). Ce manque d'intégration culturelle, conjugué aux préoccupations liées à la confidentialité, constitue un frein à l'accès des femmes réfugiées à ces services.
De plus, la plupart des interventions des professionnels auprès des réfugiés concernant les traumatismes et la santé mentale se concentrent sur leur situation avant la migration. Les difficultés supplémentaires liées à la relocalisation, à la réinstallation et à l'adaptation à de nouvelles normes et pratiques socioculturelles sont moins étudiées (Negash et al., 2025). Ces difficultés peuvent inclure le racisme, la recherche d'emploi et de logement, ainsi que l'isolement et la solitude.
Les différences culturelles et religieuses peuvent s'avérer problématiques. Une femme musulmane, par exemple, peut refuser de consulter un médecin homme pour des raisons culturelles ou religieuses. Si les médecins femmes n'acceptent pas de nouveaux patients au moment où elle en a besoin, elle se retrouvera sans médecin et devra attendre longtemps avant que sa demande soit prise en charge. De nombreux réfugiés d'origine musulmane éprouvent également une grande gêne à aborder les sujets liés à la sexualité et à la santé sexuelle en raison des tabous culturels qui entourent ce sujet pour les femmes. Les questions posées par les médecins sur l'activité sexuelle (fréquence et nombre de partenaires) peuvent être perçues comme intrusives par les personnes issues de milieux culturels ou religieux plus conservateurs (Hawkey et al., 2022), ce qui contribue à stigmatiser les conversations sur la santé sexuelle et peut les dissuader de consulter un médecin à l'avenir.
Les barrières linguistiques compliquent également l'accès aux soins. Si certains patients peuvent faire appel à des interprètes, beaucoup sont mal à l'aise en leur présence lors de leurs rendez-vous ou consultations, compte tenu du caractère confidentiel des soins qu'ils reçoivent (Heer et al., 2024). Dans ces cas, le recours à des praticiens bilingues serait préférable, car ils sauraient maîtriser les aspects techniques liés aux traitements et aux diagnostics, et éviter la présence d'un tiers dans un cadre intime. Cependant, de nombreux praticiens ne sont pas bilingues dans la langue du patient, ce qui engendre des difficultés de communication et de compréhension du traitement.
Les préoccupations des femmes réfugiées africaines sont liées au manque de connaissances du Canada concernant les mutilations génitales féminines (MGF) et la prise en charge des patientes ayant subi cette pratique. Il a été constaté que les femmes ayant subi des MGF présentent des taux plus élevés de césariennes, d'accouchements prolongés, d'accouchements instrumentaux et de déchirures périnéales, en raison du manque de connaissances et d'expérience des professionnels de la santé auprès de ces patientes (Negash et al., 2025). Une étude a révélé que des femmes africaines ayant subi des MGF ont déclaré que les professionnels de la santé manquaient généralement de compréhension à ce sujet, allant jusqu'à les ridiculiser ou à tenir des propos blessants à leur égard. Les discussions sur les procédures d'accouchement sécuritaires compatibles avec les patientes ayant subi des MGF étaient rares, voire inexistantes. De plus, l'expérience des femmes réfugiées avec les services de maternité a montré que, pendant leur période d'établissement, nombre d'entre elles continuent de faire face à des difficultés telles que des problèmes économiques, un réseau social limité et une maîtrise insuffisante de l'anglais (King et al., 2022 ; Negash et al., 2025).
La combinaison du racisme anti-Noir, de la xénophobie et d'un manque de sensibilité culturelle a affecté la qualité des soins et le professionnalisme dont ces femmes ont bénéficié. Ceci souligne l'importance pour les professionnels de santé et les formateurs de connaître les croyances, pratiques et préférences culturelles spécifiques liées à la santé sexuelle et reproductive des femmes (ainsi qu'à leur santé générale) afin de prodiguer des soins adaptés à leurs réalités culturelles, tant en milieu clinique qu'en dehors. Les femmes réfugiées (comme nous tous) ont besoin de se sentir en confiance, en sécurité et de recevoir une attention sincère lorsqu'elles ont recours aux services de santé. La santé est un droit fondamental et, conformément à la CEDAW, nous avons l'obligation de respecter, de protéger et de garantir ce droit. Un environnement plus inclusif et sensible aux différences culturelles serait bénéfique à tous les patients, quelles que soient leurs origines, qu'ils soient résidents permanents ou réfugiés.

Fresque « Danse à ta façon »
« Dance Your Way » est une murale de cinq étages réalisée par l'artiste nouvellement arrivée Bîstyek et l'artiste autochtone Jeannie White Bird, commandée par Welcome Place pour célébrer son 80e anniversaire. L'œuvre rend hommage à huit décennies de soutien aux réfugiés et aux nouveaux arrivants, enracinées sur les terres ancestrales du territoire du Traité n° 1.
Au cœur de la scène, deux figures – une danseuse autochtone en robe à clochettes et une nouvelle arrivante kurde – dansent ensemble, symbolisant la réconciliation, la résilience et la guérison partagée. L’échange de foin d’odeur et d’un rameau d’olivier reflète la bienveillance et la paix, unissant les expériences des communautés autochtones et des nouveaux arrivants.
Autour d'eux se dressent des symboles sacrés de force et de renouveau :
- Oiseau-tonnerre, protecteur et veilleur de tout
- Tortue, esprit de l'Île de la Tortue et eaux guérisseuses
- L'étoile des quatre directions, en hommage aux cycles de la vie et à l'unité de l'humanité
- Grand-mère Lune, qui nous guide depuis le ciel
- Des fils conducteurs fluides, symbolisant le mouvement et l'émancipation
Le mot « Bienvenue » apparaît dans plus d'une douzaine de langues parlées par les familles nouvellement arrivées — célébrant ainsi la langue, l'identité et le sentiment d'appartenance.
Avec ses couleurs éclatantes et ses images puissantes, Dance Your Way se présente à la fois comme une célébration de la communauté et un acte vivant de réconciliation, tissant ensemble des histoires de déracinement, de force et d'espoir pour un avenir plus connecté.


